Christer Strömholm
Le monde-autre
2012-09-14 to 2012-10-20

Cette exposition propose un dialogue, autour du sacré et des esprits, entre les photographies du Coréen Gap-Chul Lee et des séries de Bernard Faucon, Jeffrey Silverthorne et Christer Strömholm.
Gap-Chul Lee porte un regard si intense sur le monde qu’il semble renouer avec les strates les plus profondes de sa culture syncrétique pour se transformer en chamane communiquant avec les esprits.
L’artiste apparaît ainsi à la jonction du monde visible et du "monde-autre" comme le nomme l’ethnologue Michel Perrin qui précise: « Il y a ce monde-ci, visible, quotidien, profane, et le monde-autre, habituellement invisible aux hommes ordinaires. C'est le monde des dieux et de leurs émissaires, des esprits de toutes sortes - célestes ou chthoniens, pathogènes ou bienveillants...-, le monde des maîtres des animaux ou des végétaux, des ancêtres, des morts... C'est le monde que décrivent et explorent les mythes, le monde du “sacré”. »*
C’est le monde que révèlent également les photographies de la série Golgotha que Christer Strömholm a réalisées tout au long de sa vie. Véritables apparitions, elles portent le nom de personnages bibliques. Mais elles en semblent moins une représentation qu’une manifestation brutale dans notre monde sensible.
Les Idoles et les Sacrifices (1989-1991) de Bernard Faucon et les Silent Fires (1982-1984) de Jeffrey Silverthorne font de l’artiste un maître de cérémonies et de la mise en scène photographique un rituel. Mais quand Bernard Faucon fait dialoguer l’éblouissement de la spiritualité asiatique et la violence de rites païens, Jeffrey Silverthorne se nourrit des grands récits mythologiques et bibliques pour les actualiser dans des saynètes où le grotesque le dispute au fantastique.
Jeffrey Silverthorne prolonge l’exploration de la porosité des mondes en revêtant, cette fois, les habits du médium. L’étrange série des Letters from the Dead House (1986-1991) invite, en effet, à un dialogue avec l’au-delà et, à l’instar des photographies exposées de Gap-Chul Lee, Christer Strömholm et Bernard Faucon, entraîne notre regard vers l’invisible.

Avec l’aimable autorisation de Michel Perrin, ethnologue, directeur de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS) du Collège de France.

* Michel Perrin, Le Chamanisme, « Que-sais-je ? », PUF, 2012, et Les Praticiens du rêve, PUF, 1992.