Christer Strömholm
Christer Strômholm
Galerie VU' 2001-11-09 to 2002-01-11

Ignorant totalement l’anecdote, les photographies de Christer Stromholm captivent par leur capacité de résistance à la glose, par une mystérieuse énigme qu’elles placent sous nos yeux et se refusent à expliciter. Elles nous disent simplement : cela fut et je l’ai vu ainsi. Je l’ai vu, regardé, et je l’ai versé à cette étrange éternité d’un temps strictement photographique, un temps qui s’étend entre l’instant de la prise de vue et le moment où vous regardez, pour que cette image devienne votre réalité, contemporaine alors que le réel qui l’a engendrée n’est plus depuis tellement longtemps. L’œuvre, alors, est entièrement traversée par le questionnement de la mort. C’est ainsi que les images d’un Paris disparu ne font pas appel à notre nostalgie mais éveillent notre curiosité et soutiennent notre intérêt en tant que document. Comment expliquer autrement que nous puissions, aujourd’hui, contempler avec plaisir aussi bien les toiles peintes des boutiques foraines de Pigalle que le « portrait » d’un serpent entravé ou la pose mutine d’un jeune travesti ? Documenter le monde, au-delà de sa superficie visible, en questionner les enjeux, tout cela sur fond de scepticisme sans désespoir et de généreuse tristesse a été l’œuvre d’un demi-siècle de pratique photographique incessante, éclectique, boulimique parfois. C’est que, pour Christer Stromholm, l’enjeu était évidemment d’aller au plus profond des choses, sur le monde et, aussi, sur la photographie qu’il apprenait sans cesse à maîtriser, à explorer, à tenter de cerner et de comprendre. Lui qui a su choisir une lumière fondatrice de son œuvre a été naturellement, obsédé durant toute sa vie par le fait qu’une photographie est une interprétation, savante, du négatif réalisé en un instant. D’où la fonction essentielle du tirage chez un artiste qui, lorsqu’il tentait d’obtenir les contrastes très particuliers qu’il expliquait à ses assistants, devait se souvenir de sa pratique de graveur. La prise de vue, finalement, n’est qu’une anecdote qui ouvre la possibilité d’une image telle que le photographe l’a pensée, transcendant le réel tout autant qu’elle l’atteste.

Christian Caujolle