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Matthieu Pernot
Galerie VU' 2000-05-26 to 2000-07-29

Au tout début, il n’était pas question de photographie. Simplement du questionnement d’un jeune homme choqué par une situation sociale, celle faite aux tziganes dans notre société qui refuse d’accepter la culture et les modes de vie des populations nomades. Et il y eut, d’abord, de la solidarité, du faire, du social.

Lorsque la photographie intervint dans la pratique de proximité d’un jeune étudiant à l’Ecole Nationale de Photographie d’Arles, elle fut pensée. A la fois rigoureuse et généreuse, économe en prises de vues, elle interrogea la notion de « documentaire » en questionnant sans cesse le sens des représentations.

Alors, s’organiseront des séries de portraits, de portraits de groupes, de mise en forme de moments d’exceptionnelle intensité comme une naissance ou des jeux d’enfants dans un wagon abandonné. Des images qui, sans cesse, se posaient la question de savoir comment on pouvait, aujourd’hui, réaliser le portrait frontal de personnes qui, durant un demi-siècle, en France, avaient subi le fichage systématique et s’étaient confrontées à la photographie d’identité policière.

Sans jamais se mettre en avant, considérant de la même manière les photomatons ludiques qu’il permit à ses jeunes « modèles » de réaliser et les implacables portraits en noir et blanc qu’il enregistra lui-même, Matthieu Pernot nous propose, en échappant de façon exemplaire à l’anecdote, de regarder la différence, sans jamais juger. Il nous invite à comprendre.

Pour cela, pour que nous ne nous contentions pas de la compassion qui conforte la « bonne » conscience, il décline le face à face comme une question simple, celle de notre responsabilité vis-à-vis de l’autre.

Serein, rigoureux, impliqué, il propose avec humilité une fonction contemporaine à la photographie documentaire. En évitant tout effet, en disant que ses images sont dépendantes de ce qui advint lorsqu’il se trouvait là, il nous demande simplement, avec une évidente sympathie pour ce qu’il photographie, de nous comporter comme lui. Comme un être humain regardant d’autres humains, ses contemporains.

Christian Caujolle