Collective Exhibition
Haunts
Galerie VU' 2006-09-14 to 2006-04-11

JH Engström ne laisse pas de place aux mots (pas un seul texte dans Trying to Dance ni dans Haunts) et il exige - et s'impose - que son discours tire sa cohérence uniquement d'une logique visuelle dans laquelle il se livre totalement entre séduction, provocation et indéniable impact.

Haunts est le second volet d'une trilogie qu'il s'applique déjà à terminer, pour lui permettre, peut-être, d’aller ailleurs… Comme un passage obligé, dans Trying to Dance, Engström a exploré, jusqu’aux limites, la question de l’autoportrait avec l’obstination et la recherche approfondie de celui qui veut en évacuer la question. La danse comme une ronde infernale, le cercle qui tourne sur lui-même. Je danse mais celui en face qui danse pourrait être moi, différent mais semblable, je danse parce qu’ils dansent, et cela existe parce que j’existe. Moi, l’ami en face, l’un n’existe pas sans l’autre, vertige égocentrique.

Avec Haunts, JH sort du cercle et casse la ronde, violemment, sans délicatesse aucune. Dans Trying to Dance, avec ses chambres d’hôtel où le vide gardait la présence d’égarements, où des feux jaillissaient au milieu de nulle part, dans ses paysages tristes de villes oubliées, on pressentait une suite chaotique plutôt que sereine.

Tout en revenant parfois sur lui-même avec une triste dérision et un apitoiement amusé, JH aborde avec Haunts le monde à l’aune de sa violence, de sa vulgarité, sa vanité, sa propre perdition. L’alcool, le sexe triste et sans tendresse, la fête jusqu’à n’en plus pouvoir, les gens qui cherchent le dehors pour échapper à une solitude qui suinte malgré tout, le quotidien comme un relent nauséeux de la perte de repères. Les paysages, urbains ou bucoliques, nous renvoient au vide et même semblent nous contempler, nous interroger sur la façon de remplir ce vide.

Il y a le rythme, saccadé et strident, déstabilisant, d’une musique qui se place loin des berceuses scandinaves d’une enfance qui, bien morte, n’est plus q’un pur souvenir. Il scande la course, la fuite en avant, de celui qui, désespéré, semble enfermé dans un mauvais spectacle, tenaillé par l’envie d’en sortir et de trouver, au-delà des paysages silencieux, une suite au monde qui le hante.

Gilou Le Gruiec



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